01/04/2026

Musiques de l'an II

Ce blog traite de musiques plutôt anciennes. Assumons cette position jusqu'au bout.
 

Entre les musiques préhistoriques, où ne sont connus que quelques instruments, et les médiévales, dont certaines sont jouables quasi à l'identique, il y a celles nommées « antiques ».

Ce temps ancien, qui couvre tout de même quatre bons millénaires, nous a laissé suffisamment d'archives pour documenter les pratiques musicales de nombreux peuples : instruments, gravures, peintures, textes d’époque, représentations de performances et même des « partitions ».

Avec ces quelques fragments épars de notations déchiffrables, qui ont miraculeusement survécu, il est possible d'interpréter des pièces musicales archéologiques.
 
Découverts dans les années 1950, gravés en écriture cunéiforme sur des tablettes d'argile extraites de l'ancienne cité d'Ougarit en Syrie, les Chants Hourrites (1400 av. JC) contiennent la plus ancienne mélodie connue. Cet hymne dédié à Nikkal, la déesse des vergers est ici interprété par l'ensemble De Organographia (2006) :

 
En Ancienne Égypte, les vestiges archéologiques abondent : des peintures murales et des bas-reliefs dans les tombeaux, des vestiges d'instruments, des inscriptions papyrus et des textes destinés à être chantés, hymnes pour les dieux ou pour les morts, chansons de fêtes ou pour toutes sortes d'occasions.

Instruments utilisés : percussions, cymbales, lyre et luth.

A noter qu'aucun mot ne désignait la musique, mais plutôt le terme « ḫrw » recouvrant à la fois la voix, le son et le bruit. Ce concept sonore était associé à la vie, par opposition au silence associé à la mort.

Aucune mélodie n’est connue de par l'absence de système de notation musicale. Sans partition, les archéo-musicologues ne peuvent donc que proposer des reconstitutions, id est des compositions actuelles avec instruments d'époque reconstitués :

 

C'est du côté hellénique, que se trouve l'essentielle de la musique antique pour laquelle nous disposons de plus d’informations, grâce à quelques morceaux de partitions.


La musique semble toujours y être liée à la poésie et embrasse tous les genres : chanson d'amour, chant choral, tragédie, et comédie antique qui comportait, danses, strophes chorales et ensemble de chœurs. Elle jouait un rôle très important dans la vie publique et privée au point d'en devenir une institution d'État. Mariages, funérailles, cérémonies en tous genres, s'accompagnaient de festivités musicales.

Instruments utilisés : à cordes pincées (lyre, cithare, barbiton, epigonion, pandoura), à vent (aulos, syrinx, salpinx, kohlos), orgues (hydraulos)  et percussions (cymbales, crotales, tympanon, sistres).

Voici l'Épitaphe de Seikilos (Ier ou IIe siècle), découverte en 1883 sur une colonne de marbre en Asie mineure, avec texte et notation. Interprétée ici par Petros Tabouris (1992) :
 
 
 
Les Hymnes Delphiques À Apollon (138 et 128 av. JC), découverts en 1893 sur des fragments du mur sud du trésor des Athéniens à Delphes. Probablement composés pour les Jeux Pythiques et interprétés ici par l'ensemble Kérylos dirigé par Annie Bélis (1996) :


Interprétation d'originaux par Atrium Musicae de Madrid (2000) :
 

Une reconstitution par l'ensemble Melpomen (2006) :


Malgré une plus proche proximité temporelle et culturelle de l'antiquité romaine, sa musique est bien moins connue que la grecque.
 

Du fait de la circulation des instruments au sein de l'Empire Romain, il y eu des brassages avec les musiques égyptiennes, grecques, étrusques, chaldéennes ou encore numides.

Instruments utilisés : à vent (tuba, buccin/cornu, tibia, ascaule), à cordes pincées (lyre, cithare) et percussions (sistre, tambours, tambourins).

Une reconstitution par Synaulia (2002) :
 
 
Sources / pour aller plus :

Fabricio Cardenas, Musique de l'Égypte antique (2013)
Guillaume Trémolières, La musique de l’Antiquité (2013)
Laure Cailloce, Sur un air de musique antique (2017-2022)
 
Bonus :
 
A la recherche de la musique de l'antiquité (Bernard George, 2021) :