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16/01/2026

Phármakon, 2

Reparlons de produits pharmaceutiques.

Bien avant que les références à la drogue ne s’imposèrent dans la pop d'après-guerre, des allusions plus ou moins voilées à l’usage se trouvaient déjà dans le jazz, à l'époque des big bands et du swing.

La marijuana faisait partie intégrante de l’underground jazz. Les « vipers » fumaient ce qui était nommé « reefer » ou « tea ». Et d'autres « stuff » participaient également au jive : héroïne et cocaïne.

Voici quelques exemples enregistrés dans les années 30, issus des compilations Reefer Songs (1975) et Pot, Spoon, Pipe And Jug (1976) sorties chez Stash.



Il ne s'agit pas encore de précurseurs du psychédélisme, mais plutôt de témoignages et de commentaires, souvent terre-à-terre comme dans le blues ou la chanson réaliste, et avec parfois des invitations et des célébrations.

Ce furent ensuite les hippies, les rastas, puis les hip-hoppers qui ne s'accaparent le sujet du chanvre.

05/01/2026

Racines jazz du Psyché

Note sur l'influence du jazz dans le psychédélique.

L’apparition d’une avant-garde au sein de la musique populaire remonte au jazz expérimental des années 1940 et 1950, qui servit de bande son au mouvement beat. L’émergence d’un phénomène similaire dans le champ du rock survint au milieu des années 1960, quand le genre devint plus politique et artistiquement ambitieux.

Il fut logique que le rock le plus moderniste chercha alors dans son aïeul le plus défricheur (en particulier modal, free et post-bop) pour y puiser des nouveautés formelles et thématiques, reflets de leur révolte contre les conventions. 

  • Utilisation de gammes modales et orientales, et de rythmes africains
  • Improvisation collective et longs solos
  • Déstructuration des sonorités et des harmonies
  • Exploration de l'espace extérieur et intérieur

Sources / pour aller plus loin :

Christophe Den Tandt, La Culture rock entre utopie moderniste et construction d’une industrie alternative (2012)
Ryan Moore, 'Break on Through' : Contre-culture, musique et modernité dans les années 1960 (2012)

18/11/2022

Raga Rock

Note sur l'influence de la musique du sous-continent indien dans le psychédélique.


La musique classique hindustani a tout d'abord infusé le jazz modal dans les années 50.
 
Certains musiciens indiens, comme Ravi Shankar et Ali Akbar Khan, connurent une notoriété internationale en Occident dans les années 60 et devinrent une référence pour les rockeurs psychédéliquesCes derniers furent les premiers à en populariser les instruments (sitar, tambura, tabla) dans un contexte pop, s'appropriant également les éléments compositionnels du raga, comme les bourdons, l'harmonie modale, les rythmiques et les thématiques liées au mysticisme et à la symbolique religieuse.




 
 
 
 


"It is strange to see pop musicians with sitars. I was confused at first. It had so little to do with our classical music. When George Harrison came to me, I didn’t know what to think, but I found he really wanted to learn. I never thought our meeting would cause such an explosion, that Indian music would suddenly appear on the pop scene. It’s peculiar, but out of this, a real interest is growing." Ravi Shankar
L'étiquette « raga rock »,  tenté par le publicitaire des Byrds en 1966, devint un descriptif pour toute chanson évoquant une ambiance indienne ou orientale. 

Dans A Republic of Mind and Spirit: A Cultural History of American Metaphysical Religion (2008), Catherine L. Albanses invente le terme d' « Asie métaphysique » pour décrire la synthèse particulière qui est née de cette rencontre prolongée et résultant dans la réinvention de l’Asie du Sud et de l’Est selon les catégories métaphysiques américanisées :
  • une préoccupation de l'esprit et de ses pouvoirs
  • une prédisposition à l'ancienne théorie cosmologique de la correspondance entre les mondes
  • une pensée en terme de mouvement et énergie
  • un désir de salut compris comme réconfort, thérapie et guérison
Le transcendantalisme avait préalablement grandement contribué aux stéréotypes new age sur l'Asie, avec la dichotomie entre un Occident matérialiste et un Orient spirituel. Ainsi, très rapidement, l'expérimentation par des apports musicaux extra-européens céda la place à la capitalisation d'un signifiant sûr. Et les sonorités indiennes devinrent LE cliché de la musique trippante pour hippies.

Sources / pour aller plus loin :

David Rassent, Rock psychédélique (2017)
William Echard, Psychedelic Popular Music: A History through Musical Topic Theory (2017)

13/10/2022

Phármakon

Psyché = drogue ?


Lorsqu'il est utilisé pour qualifier de la musique, l'adjectif « psychédélique » renvoie à la contre-culture sixties et son utilisation de psychotropes pour expérimenter hallucinations, synesthésie et états de conscience altérée.

Par extension, le terme désigne évidemment les œuvres sonores rappelant ou simulant les distorsions psycho-sensorielles provoquées par ces drogues. Majoritairement cannabis, LSD et mescaline.


Pourtant, en élargissant le spectres des substances et des styles, nous trouvons facilement d'autres témoignages d'effets de la chimie sur le psychisme et les compositions de musiciens. Bien que le terme « psychédélique » n'y soit jamais associé.

En vrac et non exhaustivement :
  • le bebop avec l'extase violente et orgasmique de l'héroïne
  • la beat music, puis le punk, avec l'accélération hyperexcitante des amphétamines.
  • le reggae et le dub avec la distanciation anxiolytique de la ganja
  • le disco avec le sentiment d'invulnérabilité anesthésié de la cocaïne
  • l'acid house et la rave music avec la désinhibition entactogène de l'ecstasy
  • le romantisme avec les rêveries profondes de l'opium.