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16/01/2026

Phármakon, 2

Reparlons de produits pharmaceutiques.

Bien avant que les références à la drogue ne s’imposèrent dans la pop d'après-guerre, des allusions plus ou moins voilées à l’usage se trouvaient déjà dans le jazz, à l'époque des big bands et du swing.

La marijuana faisait partie intégrante de l’underground jazz. Les « vipers » fumaient ce qui était nommé « reefer » ou « tea ». Et d'autres « stuff » participaient également au jive : héroïne et cocaïne.

Voici quelques exemples enregistrés dans les années 30, issus des compilations Reefer Songs (1975) et Pot, Spoon, Pipe And Jug (1976) sorties chez Stash.



Il ne s'agit pas encore de précurseurs du psychédélisme, mais plutôt de témoignages et de commentaires, souvent terre-à-terre comme dans le blues ou la chanson réaliste, et avec parfois des invitations et des célébrations.

Ce furent ensuite les hippies, les rastas, puis les hip-hoppers qui ne s'accaparent le sujet du chanvre.

13/10/2022

Phármakon

Psyché = drogue ?


Lorsqu'il est utilisé pour qualifier de la musique, l'adjectif « psychédélique » renvoie à la contre-culture sixties et son utilisation de psychotropes pour expérimenter hallucinations, synesthésie et états de conscience altérée.

Par extension, le terme désigne évidemment les œuvres sonores rappelant ou simulant les distorsions psycho-sensorielles provoquées par ces drogues. Majoritairement cannabis, LSD et mescaline.


Pourtant, en élargissant le spectres des substances et des styles, nous trouvons facilement d'autres témoignages d'effets de la chimie sur le psychisme et les compositions de musiciens. Bien que le terme « psychédélique » n'y soit jamais associé.

En vrac et non exhaustivement :
  • le bebop avec l'extase violente et orgasmique de l'héroïne
  • la beat music, puis le punk, avec l'accélération hyperexcitante des amphétamines.
  • le reggae et le dub avec la distanciation anxiolytique de la ganja
  • le disco avec le sentiment d'invulnérabilité anesthésié de la cocaïne
  • l'acid house et la rave music avec la désinhibition entactogène de l'ecstasy
  • le romantisme avec les rêveries profondes de l'opium.

09/04/2016

Alice In Wonderland

Note sur les références à l’œuvre de Lewis Carroll dans le psychédélisme.


White Rabbit de Jefferson Airplane (février 67) est une des premières chansons de Grace Slick. Nous y trouvons nombreux personnages et l'imagerie fantasque des aventures d'Alice comme le changement de taille après avoir pris des pilules, mangé des champignons ou bu un liquide inconnu. Slick déclara, par la suite, que cette composition était destinée à être une pique jetée aux parents qui liraient à leurs enfants de tels romans, et s'étonnant de leur consommation postérieure de stupéfiants. 

Extrait d'une interview pour Q Magazine :
They'd read us all these stories where you'd take some kind of chemical and have a great adventure. Alice in Wonderland is blatant; she gets literally high, too big for the room, while the caterpillar sits on a psychedelic mushroom smoking opium. In the Wizard of Oz, they land in a field of opium poppies, wake up and see this Emerald City. Peter Pan? Sprinkle some white dust-cocaine-on your head and you can fly.

En décembre 1966, une adaptation télévisée d'Alice In Wonderland par Jonathan Miller fut diffusée sur la BBC. Ravi Shankar y composa la bande originale, imprégnant de sa sitar le film d'un air brumeux et d'une sensation d'abandon sensoriel. Il est plus que probable que cette version eut une énorme influence sur le développement du psychédélisme britannique dans les mois qui suivirent.


John Lennon avoua que Lucy in the Sky with Diamonds (juin 67) et surtout I am the Walrus (novembre 67) furent des tentatives pour entrer dans le domaine du surréalisme et du non-sens en s'inspirant des aventures d'Alice. Le morse en question faisant bien entendu référence au poème The Walrus and the Carpenter.

Extrait d'une interview pour Playboy en 1980 :
It never dawned on me that Lewis Carroll was commenting on the capitalist system. I never went into that bit about what he really meant, like people are doing with the Beatles' work. Later, I went back and looked at it and realized that the walrus was the bad guy in the story and the carpenter was the good guy. I thought, Oh, shit, I picked the wrong guy. I should have said, 'I am the carpenter.' But that wouldn't have been the same, would it?  'I am the carpenter....'

Avec le mélange de styles musicaux et thématiques de The Mad Hatter’s Song (juillet 1967), le Incredible String Band se fraya une voie pour une incursions plus profondes dans le folk psychédélique, où se rencontre le Pays des Merveilles et de la Mythologie Grecque. 


Pour finir quelques morceaux de 67 et 68 payant un tribu à Lewis Carroll :

 




 
 
Source / pour aller plus loin

Eric Delsart, Syndrome Alice (2015)
David Rassent, Rock psychédélique (2017)