14/10/2026
Simples US
28/09/2026
Futurisme psychédélique
Virage à partir des restes du postpunk dans les années 90.
Voici D-Generation (plus tard The Lower Depths), un trio électronique de Manchester incluant Mark Fisher et dont les communiqués de presse contiennent des éléments théoriques annonçant k-punk.
Adorant l’intensité psychédélique/psychotique des groupes freakbeat comme The Eyes, John’s Children, The Creation, mais sans vouloir la recréer. « Psychedelia » signifiant ici un abus de la technologie et donc en 1994, l'utilisation de samplers et de séquenceurs, et non des guitares.
Ainsi leur futurisme psychédélique s’inspirait des musiques ambient et jungle qui étaient, au début des années 90, absolument contemporaines et britanniques. Qualifiant leur breakbeat hardcore de « techno hantée par le fantôme du punk ».
Et au lieu de l’iconographie habituelle du Swinging London ou de la fantaisie anglaise, l'allégeance était prêtée à une tradition sombre et déviante d'anglicité qui inclut The Fall, Syd Barrett, Wyndham Lewis, Powell/Pressburger et Michael Moorcock.
Contrairement aux groupes NWONW et britpop, D-Generation n’oublia pas que « mod » était le diminutif de « moderniste », opposé à la conspiration de la nostalgie et optimiste quand à l’émergence d’une contre-scène avec le postrock.
Sources / pour aller plus loin :
Simon Reynolds, D-Generation - or, the dawn of K-Punk (2018)
Sasha Shilina, Before Hyperstition: D-Generation and the Manufacture of a Counter-Scene (2026)
01/04/2026
Musiques de l'an II
A la recherche de la musique de l'antiquité (Bernard George, 2021) :
18/03/2026
Opéra des Dieux
- The Dark Stuff : L'envers du rock de Nick Kent (2006)
- Les 69 Tribus du Rock de Marc-Alexandre Millanvoye & Tania Bruna-Rosso (2007)
- Au-delà du Rock d'Eric Deshayes (2007)
- Musiques expérimentales de Philippe Robert (2008)
- Great Black Music de Philippe Robert (2008)
- Révolution musicale de Guillaume Ruffat (2008)
Et pour ceux qui se poseraient la question, voici les morceaux utilisés lors du générique de l'émission :
23/02/2026
Glass Onion
Chanson auto-réflective des Beatles sortie le 25 novembre 1968 sur le White Album.
Ecrite par John Lennon en réactions aux tentatives d'analyse et de recherche de significations cachées dans la musique des Beatles par les fans et les critiques.
I do it for me first...Whatever people make of it afterwards is valid, but it doesn't necessarily have to correspond to my thoughts about it, OK? This goes for anyone's 'creations,' art, poetry, song etc. The mystery and shit that is built around all forms of art needs smashing anyway.
I threw the line in - "the Walrus was Paul"- just to confuse everybody a bit more. ... It could have been "the fox terrier is Paul". I mean, it's just a bit of poetry. I was having a laugh because there'd been so much gobbledygook about Pepper - play it backwards and you stand on your head and all that.
17/02/2026
So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star
Chanson métapop des Byrds sortie en single le 9 janvier 1967.
Then listen now to what I say
Just get an electric guitar
Then take some time and learn how to play
And your pants too tight, it's gonna be all right
Then it's time to go downtown
Where the agent man won't let you down
Le single aviaire est probablement un des plus vieils exemples de pop anti-pop, témoin d'une certaine inquiétude face au devenir du rock en une usine à tubes et stars.
Who are waiting there to sell plastic ware
And in a week or two if you make the charts
Dans Dialectique de la pop (2018), Agnès Gayraud affirme que cet arrière-goût amer tient à l'heureuse et vicieuse convergence entre un art qui place toute sa confiance dans l'incarnation et l’intérêt d'une industrie qui vend à tour de bras de la « personnalité ». Et ces commodités comptent finalement davantage que la musique dont elles ne sont plus que le prétexte.
L'esthétique pop vise certes la popularité qui rend ses représentants célèbres, mais cette célébrité trahit quelque chose de l’incarnation pop : elle rend substantiel ce qui dans le génie démocratique tenait à des intermittences. (...) A la fin, l'originalité n'en est plus que l'accessoire reconnaissable et dispensable d'une personnalité.
Roger McGuinn précisa finalement quelques années plus tard :
In fact, it isn't as bitter as that. We were thumbing through a teen magazine and looking at all the unfamiliar faces and we couldn't help thinking: "Wow, what's happening … all of a sudden here is everyone and his brother and his sister-in-law and his mother and even his pet bullfrog singing rock 'n' roll." So we wrote "So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star" to the audience of potential rock stars, those who were going to be, or who wanted to be, and those who actually did go on to realize their goals.
Sources / pour aller plus loin :
Simon Reynolds, The Spirit of Radio: Songs About Songs (2022)
09/02/2026
Racines avant-garde du Psyché
Note sur l'influence des musiques modernes avant-gardistes dans le psychédélique.
Après avoir évoqué les racines jazz et indiennes, il convient maintenant de citer quelques courants de musiques dites « savantes » ou « contemporaines », qui ont offert au psyché une certaine technologie au service du dérèglement des sens.
Des musiques concrète et électroacoustique : enregistrements environnementaux, montages sur bande magnétique et bruits utilisés en studio pour créer de nouveaux paysages sonores.
Des musiques minimaliste et électronique : compositions basées sur des boucles hypnotiques et des motifs répétitifs pour rappeler la trance.
Quelques noms cités par les Beatles, Beach Boys, Pink Floyd, Soft Machine ou encore Frank Zappa :
Dans cette interview, Philippe Robert propose une intéressante analogie :
Dans le cinéma, les frères Lumière et Méliès ont chacun ouvert une voie : les premiers, celle de la prose et donc d’un certain réalisme ; le second, celle de la poésie, de la magie. De la même manière, tu peux raconter la musique du XXe siècle en partant des enregistrements de terrain des Lomax (ils seraient les Lumière de la musique) et de L’Art des bruits futuriste de Russolo (un équivalent de Méliès en quelque sorte) : les premiers débouchent sur l’idée de « singer-songwriter » chère au folk-rock ; le second sur les musiques psychédéliques abstraites, électroacoustiques, industrielles, etc.
Voir également la note sur la musique électronique et psyché de la fin des années 60.
Sources / pour aller plus loin :
01/02/2026
Protest songs
Note qui proteste en chansons.
Les sixties sont largement considérées comme l'âge d'or de la musique contestataire. Il s'agit indéniablement une période d'intense activisme, autour de diverses causes allant des droits civiques aux mouvements anti-guerre.
Bien que les communautés hippies épousaient le modèle du socialisme
utopique du siècle précédent, la politisation n'était pas une de leurs
priorités. Les consciences politiques se développèrent en réaction à l'actualité et cela s'intensifia suite à la répression violente de manifestations et émeutes. Les musiciens
emboitèrent le pas.
La contestation musicale trouvait sa source dans les protest songs du folk des années 40, avec Woody Guthrie et Pete Seeger. La pratique fut déblayée et popularisée par les figures engagées du revival folk pour qui la chanson est un symbole de résistance artistique.
Les paroles reflétaient surtout le fossé des générations, les incertitudes de l'époque et une méfiance croissante envers l'autorité dans une société devenant de plus en plus polarisée.
Voir la note sur chansons en opposition à la Guerre du Vietnam.
A côté des marches, des sit-ins et des slogans idéalistes, certains prirent des positions politiques plus radicales, pointant directement le capitalisme, la lutte des classes, l'aliénation et la répression. Appelant même à l'insurrection voire à la révolution.
Dans les limites de l'exercice pop, évidemment.
Le début des années 70 sonna le glas de la contestation en chanson, amorçant une lente anesthésie politique. Jusqu'au militantisme alternatif du punk et du postpunk.
Julien Demets, Rock & politique: l'impossible cohabitation (2011)
Guillaume Ruffat, Révolution musicale: 1967-1969, de Penny Lane à Altamont (2015)
David Rassent, Rock psychédélique (2017)
25/01/2026
Spécial Kaye
Évoquons la bassiste la plus influente de la pop et du rock.
Issu du jazz, Carol Kaye est devenue au plus fort de ses années de travail en session, membre d’une écurie légendaire de musiciens de studio basée à Los Angeles, surnommée a posteriori le Wrecking Crew. Jouant sur une bonne dizaine de milliers d'enregistrements sur plus de six décennies, cette virtuose versatile fut l'ambassadrice de la basse électrique, qu'elle adopta à partir de 1963, de la pop à la soul, de la Motown à Hollywood.
Voici quelques une de ses participations collant à la thématique du blog.
Brian Wilson : "The best damn bass player in the world."
Paul McCartney : "Pet Sounds was my inspiration for making Sgt. Pepper. I was really blown away with how clever it was and how intriguing the arrangements were. There’s a very interesting bass, it’s always nearly an off beat."
Sting : "Carol taught me more about the bass than is decent."
Peter Hook : "There was this woman bassist in the Motown house band called Carol Kaye. In this song, you hear her over the beginning, fantastic, a very musical bassline. I spent years trying to emulate it, but I was never that good at it."
"Remember to practice a little every day -- that's crucial."
16/01/2026
Phármakon, 2
Reparlons de produits pharmaceutiques.
Bien avant que les références à la drogue ne s’imposèrent dans la pop d'après-guerre, des allusions plus ou moins voilées à l’usage se trouvaient déjà dans le jazz, à l'époque des big bands et du swing.
La marijuana faisait partie intégrante de l’underground jazz. Les « vipers » fumaient ce qui était nommé « reefer » ou « tea ». Et d'autres « stuff » participaient également au jive : héroïne et cocaïne.
Voici quelques exemples enregistrés dans les années 30, issus des compilations Reefer Songs (1975) et Pot, Spoon, Pipe And Jug (1976) sorties chez Stash.
Il ne s'agit pas encore de précurseurs du psychédélisme, mais plutôt de témoignages et de commentaires, souvent terre-à-terre comme dans le blues ou la chanson réaliste, et avec parfois des invitations et des célébrations.
Ce furent ensuite les hippies, les rastas, puis les hip-hoppers qui ne s'accaparent le sujet du chanvre.
09/01/2026
☮
Petite sélection de chansons en opposition à la Guerre du Vietnam ; tristement encore d'actualité soixante ans après.
05/01/2026
Racines jazz du Psyché
Note sur l'influence du jazz dans le psychédélique.
L’apparition d’une avant-garde au sein de la musique populaire remonte au jazz expérimental des années 1940 et 1950, qui servit de bande son au mouvement beat. L’émergence d’un phénomène similaire dans le champ du rock survint au milieu des années 1960, quand le genre devint plus politique et artistiquement ambitieux.
Il fut logique que le rock le plus moderniste chercha alors dans son aïeul le plus défricheur (en particulier modal, free et post-bop) pour y puiser des nouveautés formelles et thématiques, reflets de leur révolte contre les conventions.
- Utilisation de gammes modales et orientales, et de rythmes africains
- Improvisation collective et longs solos
- Déstructuration des sonorités et des harmonies
- Exploration de l'espace extérieur et intérieur
Sources / pour aller plus loin :
Christophe Den Tandt, La Culture rock entre utopie moderniste et construction d’une industrie alternative (2012)
Ryan Moore, 'Break on Through' : Contre-culture, musique et modernité dans les années 1960 (2012)
01/01/2026
Simples UK
Une grande partie de la meilleure psychédélie britannique fut enregistrée par des groupes qui n’ont jamais réussi à sortir un album.
25/12/2025
Frohe Weihnachten
Petit cadeau de Noël.
Voici Les Goths, groupe normand actif de 1965 à 1969. Après deux 45 tours, ils enregistrèrent dans la foulée leur unique album, Rêve de silence, mais celui-ci ne sortit jamais...
... jusqu'à ce que l'acétate oublié refasse surface en 2011 via le label allemand Shadoks Music :
Évidement, nous sommes assez loin de la subculture sombre, ses corbeaux et ses sons réverbérés.
15/12/2025
Perfumed Garden
Note sur les débuts de John Peel et son rôle dans la contre-culture britannique.
De retour d'une expérience radiophonique en Californie, avec les groupes locaux et le Summer of Love, John Ravencroft revint au pays en pleines Swinging Sixties. Il embarqua en mars 1967 sur le navire pirate de Radio London et devint « John Peel » et son émission nocturne « The Perfumed Garden ».
Focus sur les groupes de l'underground. Diffusion d'albums en entier. Lecture de poésie et de la presse radicale. Discussion de sujets politiques. Complicité avec les auditeurs.
Rattrapée par la justice, Radio London fut coupée le 14 août 1967. Ci-dessous la dernière du Perfumed Garden :
Rapidement après avoir rejoint a toute nouvelle station musicale de la BBC, Radio 1, des sessions furent organisées pour faire découvrir les nouveaux artistes. Voici quelque-unes enregistrées et diffusées sur les premiers mois :
Année après année, Peel a ouvert les portes de Radio 1 à des artistes atypiques, sous-financés et confidentiels. Défenseur du temps présent et des nouvelles tendances musicales, il promut la quasi-totalité de l'alternatif pendant plus de trois décennies. De la psychedelia à la drum'n'bass, prog, reggae, folk, blues, afrobeat, krautrock, new wave, postpunk, indie, postrock, etc. Peel ne mettait pas de barrière entre les genres, attendant de même de ses auditeurs.
De 1967 à 2004, plus de 4000 Peel Sessions avec plus de 2000 artistes : plus de grande musique populaire produite que n'importe quelle maison de disques !
Pour terminer, branchez-vous sur Dandelion Radio, the internet radio station inspired by John Peel. Independant. Original. Uncompromising.
Sources / pour aller plus loin:
BBC Radio 1, Keep It Peel
David Cavanagh, How John Peel created our musical world (2015)
09/12/2025
Livres d'enfance
Après avoir évoqué les aventures d'Alice, continuons sur la littérature enfantine comme sources d'inspiration du psychédélisme.
La spécificité britannique semble résider dans la persistance des mélodies et dans la redécouverte de tout un folklore typique imprégné de l'univers de l'enfance où les nursery rhymes côtoie le non-sens poétique.
Il est fort probablement que le double single Strawberry Fields Forever / Penny Lane (13 février 1967), où les deux faces abordaient le même thème de la nostalgie et de la fantaisie, aida à lancer le culte de l'enfance chez les musiciens de l'underground.
Dans Syndrome Alice (hors-série n°31 de Rock&Folk, 2015), Eric Delsart présente une pop qui s'est réinventée autour de thématiques enfantines (mais pas puériles), bien plus passionnantes et riches que la plupart des interprétations mystiques du LSD à base de méditation transcendantale et de mantras (sic).
Quasi-inventeur de la psychédélia comme retour à l'enfance/innocence, Syd Barrett utilisa, dans ses chansons, l'imagerie de Lewis Caroll, C.S. Lewis, Beatrix Potter et J.R.R. Tolkien.
Citant explicitement The Wind in the Willows de Kenneth Grahame (1908) pour le titre du premier album de Pink Floyd.
Autres exemples,
The Jungle Book de Rudyard Kipling (1894) :
Peter and Wendy de J.M. Barrie (1911) :
Quant aux contes, le recueil le plus influent fut évidemment Kinder- und Hausmärchen de Jacob & Wilhelm Grimm (1812-1858).
De l'autre côté de l’Atlantique, les sonorités sont plus bluesy et country, et moins lysergiques.
The Wonderful Wizard of Oz de L. Frank Baum (1900)
Ou les œuvres du Dr. Seuss.
Sources / pour aller plus loin :
David Rassent, Rock psychédélique (2017)
Mise à jour 18/12/2025
07/12/2025
Art Nouveau Revival, 2
Retour sur l'influence de l'Art Nouveau sur l'esthétisme psychédélique.
Évidemment l’influence de l'Art Nouveau ne s'est pas exercée que dans un seul genre musical.
Et à l'instar des posters, la production de pochettes liées au psychédélisme ne s'est pas arrêtée à un seul courant picturale. Comme ici avec du Gustave Doré et William Blake :
Sources / pour aller plus loin :
Art Nouveau Revival 1900 • 1933 • 1966 • 1974 (2009)
- Thierry Taittinger, confession d'un enfant du (demi) siècle
- Philippe Thiébaut, lignes sous influences
- Philippe Thieyre, les pochettes de disques
Philippe Thieyre, Psychedelic vinyls (2010)
Rachel Cabitt, Psychedelic Nouveau (2021)
01/04/2024
Je n'aime pas le classique, mais ça j'aime bien
Évocation rapide des influences de la musique classique dans le psychédélique.
A partir de 1966, il y a eu évidemment la « baroque pop » avec ses chansons arrangées avec soin, incorporant des styles de composition classiques (mélodies contrapuntiques et harmonies fonctionnels) et ses instruments (clavecin, hautbois, cor, cordes).
Des grecs :
Avec tout de même quelques américains :
L'exploitation de cet héritage culturel ouvrit la porte du psychédélisme vers le progressif.
En effet, outre son effet sur le son la révolution psychédélique a promu l'idée que le rock pouvait être une discipline sérieuse. (...) Le prog magnifiât cette tendance, chez les groupes et leurs fans. (...) Au mieux, cela produisait une musique excitante qui n’avait pas peur de défier son public, tant sur le plan intellectuel que dans ses compositions ; au pire, un climat de snobisme et de supériorité où la pop à singles était méprisée, reproduisant l'attitude dont le rock avait été victime quelques années auparavant.
Si les groupes psyché avaient cherché à offrir une expérience immersive, à l'aide de projections et de drogues, faire tripper ou élargir les consciences, le prog croyait au pouvoir du spectacle, voulait capter l'attention et impresssioner.
Avec les emportements du prog, son culte de la virtuosité, les « boring old fats » dénoncés par les punks, il en résulta une disparition quasi totale du sentiment d'une spécificité de la culture jeune, ou d'une tradition qui traversait le rock et incluait ses formes populaires les plus commerciales.
Note : le titre de la note est une allusion à la compilation éponyme sorti en 2008 chez Sony Classical.



























