14/10/2026

Simples US

Après le UK, traversons l'étang.


Un grand nombre de singles avec des éléments psychédéliques sont apparus aux US à la fin des années 1960. Voici 10 des efforts les plus ouvertement lysergiques, toujours selon Richard Morton Jack dans Psychedelia 1966-1970 (2017).










28/09/2026

Futurisme psychédélique

Virage à partir des restes du postpunk dans les années 90.

Voici D-Generation (plus tard The Lower Depths), un trio électronique de Manchester incluant Mark Fisher et dont les communiqués de presse contiennent des éléments théoriques annonçant k-punk.

Adorant l’intensité psychédélique/psychotique des groupes freakbeat comme The Eyes, John’s Children, The Creation, mais sans vouloir la recréer. « Psychedelia » signifiant ici un abus de la technologie et donc en 1994, l'utilisation de samplers et de séquenceurs, et non des guitares.

Ainsi leur futurisme psychédélique s’inspirait des musiques ambient et jungle qui étaient, au début des années 90, absolument contemporaines et britanniques. Qualifiant leur breakbeat hardcore de « techno hantée par le fantôme du punk ».

Et au lieu de l’iconographie habituelle du Swinging London ou de la fantaisie anglaise, l'allégeance était prêtée à une tradition sombre et déviante d'anglicité qui inclut The Fall, Syd Barrett, Wyndham Lewis, Powell/Pressburger et Michael Moorcock.

Contrairement aux groupes NWONW et britpop, D-Generation n’oublia pas que « mod » était le diminutif de « moderniste », opposé à la conspiration de la nostalgie et optimiste quand à l’émergence d’une contre-scène avec le postrock.

Sources / pour aller plus loin :

Simon Reynolds, D-Generation - or, the dawn of K-Punk (2018)
Sasha Shilina, Before Hyperstition: D-Generation and the Manufacture of a Counter-Scene (2026)

01/04/2026

Musiques de l'an II

Ce blog traite de musiques plutôt anciennes. Assumons cette position jusqu'au bout.
 

Entre les musiques préhistoriques, où ne sont connus que quelques instruments, et les médiévales, dont certaines sont jouables quasi à l'identique, il y a celles nommées « antiques ».

Ce temps ancien, qui couvre tout de même quatre bons millénaires, nous a laissé suffisamment d'archives pour documenter les pratiques musicales de nombreux peuples : instruments, gravures, peintures, textes d’époque, représentations de performances et même des « partitions ».

Avec ces quelques fragments épars de notations déchiffrables, qui ont miraculeusement survécu, il est possible d'interpréter des pièces musicales archéologiques.
 
Découverts dans les années 1950, gravés en écriture cunéiforme sur des tablettes d'argile extraites de l'ancienne cité d'Ougarit en Syrie, les Chants Hourrites (1400 av. JC) contiennent la plus ancienne mélodie connue. Cet hymne dédié à Nikkal, la déesse des vergers est ici interprété par l'ensemble De Organographia (2006) :

 
En Ancienne Égypte, les vestiges archéologiques abondent : des peintures murales et des bas-reliefs dans les tombeaux, des vestiges d'instruments, des inscriptions papyrus et des textes destinés à être chantés, hymnes pour les dieux ou pour les morts, chansons de fêtes ou pour toutes sortes d'occasions.

Instruments utilisés : percussions, cymbales, lyre et luth.

A noter qu'aucun mot ne désignait la musique, mais plutôt le terme « ḫrw » recouvrant à la fois la voix, le son et le bruit. Ce concept sonore était associé à la vie, par opposition au silence associé à la mort.

Aucune mélodie n’est connue de par l'absence de système de notation musicale. Sans partition, les archéo-musicologues ne peuvent donc que proposer des reconstitutions, id est des compositions actuelles avec instruments d'époque reconstitués :

 

C'est du côté hellénique, que se trouve l'essentielle de la musique antique pour laquelle nous disposons de plus d’informations, grâce à quelques morceaux de partitions.


La musique semble toujours y être liée à la poésie et embrasse tous les genres : chanson d'amour, chant choral, tragédie, et comédie antique qui comportait, danses, strophes chorales et ensemble de chœurs. Elle jouait un rôle très important dans la vie publique et privée au point d'en devenir une institution d'État. Mariages, funérailles, cérémonies en tous genres, s'accompagnaient de festivités musicales.

Instruments utilisés : à cordes pincées (lyre, cithare, barbiton, epigonion, pandoura), à vent (aulos, syrinx, salpinx, kohlos), orgues (hydraulos)  et percussions (cymbales, crotales, tympanon, sistres).

Voici l'Épitaphe de Seikilos (Ier ou IIe siècle), découverte en 1883 sur une colonne de marbre en Asie mineure, avec texte et notation. Interprétée ici par Petros Tabouris (1992) :
 
 
 
Les Hymnes Delphiques À Apollon (138 et 128 av. JC), découverts en 1893 sur des fragments du mur sud du trésor des Athéniens à Delphes. Probablement composés pour les Jeux Pythiques et interprétés ici par l'ensemble Kérylos dirigé par Annie Bélis (1996) :


Interprétation d'originaux par Atrium Musicae de Madrid (2000) :
 

Une reconstitution par l'ensemble Melpomen (2006) :


Malgré une plus proche proximité temporelle et culturelle de l'antiquité romaine, sa musique est bien moins connue que la grecque.
 

Du fait de la circulation des instruments au sein de l'Empire Romain, il y eu des brassages avec les musiques égyptiennes, grecques, étrusques, chaldéennes ou encore numides.

Instruments utilisés : à vent (tuba, buccin/cornu, tibia, ascaule), à cordes pincées (lyre, cithare) et percussions (sistre, tambours, tambourins).

Une reconstitution par Synaulia (2002) :
 
 
Sources / pour aller plus :

Fabricio Cardenas, Musique de l'Égypte antique (2013)
Guillaume Trémolières, La musique de l’Antiquité (2013)
Laure Cailloce, Sur un air de musique antique (2017-2022)
 
Bonus :
 
A la recherche de la musique de l'antiquité (Bernard George, 2021) :
 

18/03/2026

Opéra des Dieux

Voici quelques vieux numéros de l'Opéra des Dieux (émission littéraire et musicale de Radio Campus) sur certains livres :
- The Dark Stuff : L'envers du rock de Nick Kent (2006)

- Les 69 Tribus du Rock de Marc-Alexandre Millanvoye & Tania Bruna-Rosso (2007)

- Au-delà du Rock d'Eric Deshayes (2007)

- Musiques expérimentales de Philippe Robert (2008)

- Great Black Music de Philippe Robert (2008)

- Révolution musicale de Guillaume Ruffat (2008)

Et pour ceux qui se poseraient la question, voici les morceaux utilisés lors du générique de l'émission :

23/02/2026

Glass Onion

Chanson auto-réflective des Beatles sortie le 25 novembre 1968 sur le White Album.


Ecrite par John Lennon en réactions aux tentatives d'analyse et de recherche de significations cachées dans la musique des Beatles par les fans et les critiques.

Donnant l’apparence d’un deuxième niveau de lecture, se moquant de cette obsession de la surinterprétation et de théorisation, il s'amuse à disséminer des clin d'œil à plusieurs grands succès du groupe :

I told you about strawberry fields


I told you about the walrus and me, man


Lady Madonna trying to make ends meet, yeah


I told you about the fool on the hill


Fixing a hole in the ocean



En 1967, après avoir appris que les chansons du groupe étaient analysées par des étudiants, Lennon répondit à propos de son écriture :
I do it for me first...Whatever people make of it afterwards is valid, but it doesn't necessarily have to correspond to my thoughts about it, OK? This goes for anyone's 'creations,' art, poetry, song etc. The mystery and shit that is built around all forms of art needs smashing anyway.

En 1970, sur Glass Onion plus spécifiquement :
I threw the line in - "the Walrus was Paul"- just to confuse everybody a bit more. ... It could have been "the fox terrier is Paul". I mean, it's just a bit of poetry. I was having a laugh because there'd been so much gobbledygook about Pepper - play it backwards and you stand on your head and all that.

Et avec l'expression « oignon de verre » véhiculant à la fois les idées de transparence et de couches multiples.

17/02/2026

So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star

Chanson métapop des Byrds sortie en single le 9 janvier 1967.

 
So you want to be a rock and roll star?Then listen now to what I sayJust get an electric guitarThen take some time and learn how to play
 
Un regard sarcastique, mais assez bon enfant, sur l'ambition et le succès des jeunes groupes de rock. Les paroles se moquent des formations comme les Monkees, manufacturées et assemblées avant même que leurs membres ne sachent réellement jouer de leurs instruments.


And with your hair swung rightAnd your pants too tight, it's gonna be all rightThen it's time to go downtownWhere the agent man won't let you down

Le single aviaire est probablement un des plus vieils exemples de pop anti-pop, témoin d'une certaine inquiétude face au devenir du rock en une usine à tubes et stars.

Sell your soul to the companyWho are waiting there to sell plastic wareAnd in a week or two if you make the charts
The girls'll tear you apart

Dans Dialectique de la pop (2018), Agnès Gayraud affirme que cet arrière-goût amer tient à l'heureuse et vicieuse convergence entre un art qui place toute sa confiance dans l'incarnation et l’intérêt d'une industrie qui vend à tour de bras de la « personnalité ». Et ces commodités comptent finalement davantage que la musique dont elles ne sont plus que le prétexte.

L'esthétique pop vise certes la popularité qui rend ses représentants célèbres, mais cette célébrité trahit quelque chose de l’incarnation pop : elle rend substantiel ce qui dans le génie démocratique tenait à des intermittences. (...) A la fin, l'originalité n'en est plus que l'accessoire reconnaissable et dispensable d'une personnalité.

Roger McGuinn précisa finalement quelques années plus tard : 

In fact, it isn't as bitter as that. We were thumbing through a teen magazine and looking at all the unfamiliar faces and we couldn't help thinking: "Wow, what's happening … all of a sudden here is everyone and his brother and his sister-in-law and his mother and even his pet bullfrog singing rock 'n' roll." So we wrote "So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star" to the audience of potential rock stars, those who were going to be, or who wanted to be, and those who actually did go on to realize their goals.


A noter que Michael Nesmith des Monkees avait écrit (avant le casting) une chanson de rupture, où l'un des partenaires choisit la liberté et l'indépendance, et qui peut être lue sous un angle métapop. Voici la version tubesque par The Stone Poneys (september 1967).

Sources / pour aller plus loin :

Simon Reynolds, The Spirit of Radio: Songs About Songs (2022)

09/02/2026

Racines avant-garde du Psyché

Note sur l'influence des musiques modernes avant-gardistes dans le psychédélique.

Après avoir évoqué les racines jazz et indiennes, il convient maintenant de citer quelques courants de musiques dites « savantes » ou « contemporaines », qui ont offert au psyché une certaine technologie au service du dérèglement des sens.

Des musiques concrète et électroacoustique : enregistrements environnementaux, montages sur bande magnétique et bruits utilisés en studio pour créer de nouveaux paysages sonores.

Des musiques minimaliste et électronique : compositions basées sur des boucles hypnotiques et des motifs répétitifs pour rappeler la trance.

Quelques noms cités par les Beatles, Beach Boys, Pink Floyd, Soft Machine ou encore Frank Zappa :

 

Dans cette interview,  Philippe Robert propose une intéressante analogie :

Dans le cinéma, les frères Lumière et Méliès ont chacun ouvert une voie : les premiers, celle de la prose et donc d’un certain réalisme ; le second, celle de la poésie, de la magie. De la même manière, tu peux raconter la musique du XXe siècle en partant des enregistrements de terrain des Lomax (ils seraient les Lumière de la musique) et de L’Art des bruits futuriste de Russolo (un équivalent de Méliès en quelque sorte) : les premiers débouchent sur l’idée de « singer-songwriter » chère au folk-rock ; le second sur les musiques psychédéliques abstraites, électroacoustiques, industrielles, etc. 

Voir également la note sur la musique électronique et psyché de la fin des années 60.


Sources / pour aller plus loin :

Edwin Pouncey, Fables of the deconstruction (1999)
Philippe Robert, Musiques expérimentales (2014)
David Rassent,
 Rock psychédélique (2017)

01/02/2026

Protest songs

Note qui proteste en chansons.

Les sixties sont largement considérées comme l'âge d'or de la musique contestataire. Il s'agit indéniablement une période d'intense activisme, autour de diverses causes allant des droits civiques aux mouvements anti-guerre.

Bien que les communautés hippies épousaient le modèle du socialisme utopique du siècle précédent, la politisation n'était pas une de leurs priorités. Les consciences politiques se développèrent en réaction à l'actualité et cela s'intensifia suite à la répression violente de manifestations et émeutes. Les musiciens emboitèrent le pas.

La contestation musicale trouvait sa source dans les protest songs du folk des années 40, avec Woody Guthrie et Pete Seeger. La pratique fut déblayée et popularisée par les figures engagées du revival folk pour qui la chanson est un symbole de résistance artistique.

Les paroles reflétaient surtout le fossé des générations, les incertitudes de l'époque et une méfiance croissante envers l'autorité dans une société devenant de plus en plus polarisée.

Voir la note sur chansons en opposition à la Guerre du Vietnam. 

A côté des marches, des sit-ins et des slogans idéalistes, certains prirent des positions politiques plus radicales, pointant directement le capitalisme, la lutte des classes, l'aliénation et la répression. Appelant même à l'insurrection voire à la révolution.

 


Dans les limites de l'exercice pop, évidemment.

Le début des années 70 sonna le glas de la contestation en chanson, amorçant une lente anesthésie politique. Jusqu'au militantisme alternatif du punk et du postpunk.

 
 
Sources / pour aller plus loin
 

25/01/2026

Spécial Kaye

Évoquons la bassiste la plus influente de la pop et du rock.

Issu du jazz, Carol Kaye est devenue au plus fort de ses années de travail en session, membre d’une écurie légendaire de musiciens de studio basée à Los Angeles, surnommée a posteriori le Wrecking Crew. Jouant sur une bonne dizaine de milliers d'enregistrements sur plus de six décennies, cette virtuose versatile fut l'ambassadrice de la basse électrique, qu'elle adopta à partir de 1963, de la pop à la soul, de la Motown à Hollywood.

Voici quelques une de ses participations collant à la thématique du blog. 


Brian Wilson : "The best damn bass player in the world."

Paul McCartney : "Pet Sounds was my inspiration for making Sgt. Pepper. I was really blown away with how clever it was and how intriguing the arrangements were. There’s a very interesting bass, it’s always nearly an off beat."

Sting : "Carol taught me more about the bass than is decent."

Peter Hook : "There was this woman bassist in the Motown house band called Carol Kaye. In this song, you hear her over the beginning, fantastic, a very musical bassline. I spent years trying to emulate it, but I was never that good at it."

"Remember to practice a little every day -- that's crucial."

16/01/2026

Phármakon, 2

Reparlons de produits pharmaceutiques.

Bien avant que les références à la drogue ne s’imposèrent dans la pop d'après-guerre, des allusions plus ou moins voilées à l’usage se trouvaient déjà dans le jazz, à l'époque des big bands et du swing.

La marijuana faisait partie intégrante de l’underground jazz. Les « vipers » fumaient ce qui était nommé « reefer » ou « tea ». Et d'autres « stuff » participaient également au jive : héroïne et cocaïne.

Voici quelques exemples enregistrés dans les années 30, issus des compilations Reefer Songs (1975) et Pot, Spoon, Pipe And Jug (1976) sorties chez Stash.



Il ne s'agit pas encore de précurseurs du psychédélisme, mais plutôt de témoignages et de commentaires, souvent terre-à-terre comme dans le blues ou la chanson réaliste, et avec parfois des invitations et des célébrations.

Ce furent ensuite les hippies, les rastas, puis les hip-hoppers qui ne s'accaparent le sujet du chanvre.

09/01/2026

☮

Petite sélection de chansons en opposition à la Guerre du Vietnam ; tristement encore d'actualité soixante ans après.



Voir aussi sur Wavelength Lab, des chansons de l'après-punk réagissant 

05/01/2026

Racines jazz du Psyché

Note sur l'influence du jazz dans le psychédélique.

L’apparition d’une avant-garde au sein de la musique populaire remonte au jazz expérimental des années 1940 et 1950, qui servit de bande son au mouvement beat. L’émergence d’un phénomène similaire dans le champ du rock survint au milieu des années 1960, quand le genre devint plus politique et artistiquement ambitieux.

Il fut logique que le rock le plus moderniste chercha alors dans son aïeul le plus défricheur (en particulier modal, free et post-bop) pour y puiser des nouveautés formelles et thématiques, reflets de leur révolte contre les conventions. 

  • Utilisation de gammes modales et orientales, et de rythmes africains
  • Improvisation collective et longs solos
  • Déstructuration des sonorités et des harmonies
  • Exploration de l'espace extérieur et intérieur

Sources / pour aller plus loin :

Christophe Den Tandt, La Culture rock entre utopie moderniste et construction d’une industrie alternative (2012)
Ryan Moore, 'Break on Through' : Contre-culture, musique et modernité dans les années 1960 (2012)

01/01/2026

Simples UK

Une grande partie de la meilleure psychédélie britannique fut enregistrée par des groupes qui n’ont jamais réussi à sortir un album.

Voici 10 des meilleurs singles de ces formations, selon Richard Morton Jack dans Psychedelia 1966-1970 (2017).

25/12/2025

Frohe Weihnachten

Petit cadeau de Noël.

Voici Les Goths, groupe normand actif de 1965 à 1969. Après deux 45 tours, ils enregistrèrent dans la foulée leur unique album, Rêve de silence, mais celui-ci ne sortit jamais...

... jusqu'à ce que l'acétate oublié refasse surface en 2011 via le label allemand Shadoks Music :

Évidement, nous sommes assez loin de la subculture sombre, ses corbeaux et ses sons réverbérés.

15/12/2025

Perfumed Garden

Note sur les débuts de John Peel et son rôle dans la contre-culture britannique.

De retour d'une expérience radiophonique en Californie, avec les groupes locaux et le Summer of Love, John Ravencroft revint au pays en pleines Swinging Sixties. Il embarqua en mars 1967 sur le navire pirate de Radio London et devint « John Peel » et son émission nocturne « The Perfumed Garden ».

Focus sur les groupes de l'underground. Diffusion d'albums en entier. Lecture de poésie et de la presse radicale. Discussion de sujets politiques. Complicité avec les auditeurs.

Rattrapée par la justice, Radio London fut coupée le 14 août 1967. Ci-dessous la dernière du Perfumed Garden :

Rapidement après avoir rejoint a toute nouvelle station musicale de la BBC, Radio 1, des sessions furent organisées pour faire découvrir les nouveaux artistes. Voici quelque-unes enregistrées et diffusées sur les premiers mois :

Année après année, Peel a ouvert les portes de Radio 1 à des artistes atypiques, sous-financés et confidentiels. Défenseur du temps présent et des nouvelles tendances musicales, il promut la quasi-totalité de l'alternatif pendant plus de trois décennies. De la psychedelia à la drum'n'bass, prog, reggae, folk, blues, afrobeat, krautrock, new wave, postpunk, indie, postrock, etc. Peel ne mettait pas de barrière entre les genres, attendant de même de ses auditeurs.

De 1967 à 2004, plus de 4000 Peel Sessions avec plus de 2000 artistes : plus de grande musique populaire produite que n'importe quelle maison de disques !

Pour terminer, branchez-vous sur Dandelion Radio, the internet radio station inspired by John Peel. Independant. Original. Uncompromising.

Sources / pour aller plus loin:

BBC Radio 1, Keep It Peel
David Cavanagh, How John Peel created our musical world (2015)

09/12/2025

Livres d'enfance

Après avoir évoqué les aventures d'Alice, continuons sur la littérature enfantine comme sources d'inspiration du psychédélisme.

 

La spécificité britannique semble résider dans la persistance des mélodies et dans la redécouverte de tout un folklore typique imprégné de l'univers de l'enfance où les nursery rhymes côtoie le non-sens poétique.

Il est fort probablement que le double single Strawberry Fields Forever / Penny Lane (13 février 1967), où les deux faces abordaient le même thème de la nostalgie et de la fantaisie, aida à lancer le culte de l'enfance chez les musiciens de l'underground.

Dans Syndrome Alice (hors-série n°31 de Rock&Folk, 2015), Eric Delsart présente une pop qui s'est réinventée autour de thématiques enfantines (mais pas puériles), bien plus passionnantes et riches que la plupart des interprétations mystiques du LSD à base de méditation transcendantale et de mantras (sic).

Quasi-inventeur de la psychédélia comme retour à l'enfance/innocence, Syd Barrett utilisa, dans ses chansons, l'imagerie de Lewis Caroll, C.S. Lewis, Beatrix Potter et J.R.R. Tolkien.


Citant explicitement The Wind in the Willows de Kenneth Grahame (1908) pour le titre du premier album de Pink Floyd.

Autres exemples,

The Jungle Book de Rudyard Kipling (1894) :


Peter and Wendy de J.M. Barrie (1911) :


Quant aux contes, le recueil le plus influent fut évidemment Kinder- und Hausmärchen de Jacob & Wilhelm Grimm (1812-1858).


De l'autre côté de l’Atlantique, les sonorités sont plus bluesy et country, et moins lysergiques.

The Wonderful Wizard of Oz de L. Frank Baum (1900)

Ou les œuvres du Dr. Seuss.

Sources / pour aller plus loin :

David Rassent, Rock psychédélique (2017)

Mise à jour 18/12/2025

07/12/2025

Art Nouveau Revival, 2

Retour sur l'influence de l'Art Nouveau sur l'esthétisme psychédélique.


Les pochettes de disques poursuivirent la révolution psychédélique graphique des affiches, revisitant tous les styles et tous les genres, mélangeant allègrement le pop art, les déformations photographiques sur fond de couleurs éclatantes, l'art nouveau l’expressionnisme, ...
 
Comme pour les posters, prédominent les visions fantasmagoriques et l'omniprésence de la nature idéalisée à travers des lianes, les fleurs, les feuilles.





Évidemment l’influence de l'Art Nouveau ne s'est pas exercée que dans un seul genre musical.

Et à l'instar des posters, la production de pochettes liées au psychédélisme ne s'est pas arrêtée à un seul courant picturale. Comme ici avec du Gustave Doré et William Blake :

Sources / pour aller plus loin :

Art Nouveau Revival 1900 • 1933 • 1966 • 1974 (2009)

  • Thierry Taittinger, confession d'un enfant du (demi) siècle
  • Philippe Thiébaut, lignes sous influences
  • Philippe Thieyre, les pochettes de disques

Philippe Thieyre, Psychedelic vinyls (2010)
Rachel Cabitt, Psychedelic Nouveau (2021)

01/04/2024

Je n'aime pas le classique, mais ça j'aime bien

Évocation rapide des influences de la musique classique dans le psychédélique.

A partir de 1966, il y a eu évidemment la « baroque pop » avec ses chansons arrangées avec soin, incorporant des styles de composition classiques (mélodies contrapuntiques et harmonies fonctionnels) et ses instruments (clavecin, hautbois, cor, cordes).

 
Dans son article Free Your Mind and Feed Your Head: How Psychedelia Went Prog (2016), Joe Banks rappelle qu'un schisme décisif a eu lieu à la fin des années 60 des deux côtés de l'Atlantique, autour d'un besoin de retour à aux racines. Des groupes psyché américains adoptèrent un son plus influencé par la country et le folk, alors que pour des homologues britanniques renouer avec le passé consistait à mélanger compétences techniques et traditions musicales européennes, classiques et ecclésiastique.
 

 Des grecs :

 Avec tout de même quelques américains :

L'exploitation de cet héritage culturel ouvrit la porte du psychédélisme vers le progressif.

En effet, outre son effet sur le son la révolution psychédélique a promu l'idée que le rock pouvait être une discipline sérieuse. (...) Le prog magnifiât cette tendance, chez les groupes et leurs fans. (...) Au mieux, cela produisait une musique excitante qui n’avait pas peur de défier son public, tant sur le plan intellectuel que dans ses compositions ; au pire, un climat de snobisme et de supériorité où la pop à singles était méprisée, reproduisant l'attitude dont le rock avait été victime quelques années auparavant.

Si les groupes psyché avaient cherché à offrir une expérience immersive, à l'aide de projections et de drogues, faire tripper ou élargir les consciences, le prog croyait au pouvoir du spectacle, voulait capter l'attention et impresssioner.

Avec les emportements du prog, son culte de la virtuosité, les « boring old fats » dénoncés par les punks, il en résulta une disparition quasi totale du sentiment d'une spécificité de la culture jeune, ou d'une tradition qui traversait le rock et incluait ses formes populaires les plus commerciales.

Note : le titre de la note est une allusion à la compilation éponyme sorti en 2008 chez Sony Classical.